
Hasard ? Destin ? Ou vocation ? Le fait est que certains d’entre nous sont nés pour chanter et faire de la musique. Demandez à n’importe quelle « légende » de la scène musicale, et il y a fort à parier que l’artiste vous répondra que la musique est, et a toujours été, son mode d’expression le plus naturel. La dernière « légende » du milieu musical – de fait, il se nomme John Legend – confie que depuis l’âge de cinq ou six ans, il s’attend « à être ‘découvert’. Je regardais Michael Jackson à la télévision et je me disais que je pouvais faire pareil ». La musique est au cœur de la vie de John Legend (à la ville John Stephens) depuis toujours.
Quelque vingt ans plus tard, ce musicien - auteur - compositeur - interprète - arrangeur - producteur de talent réalise ses rêves et ses ambitions d’enfant.
Son premier album chez un label important (Columbia Records) : Get Lifted, illustre le talent rare de John Legend, qui a su concilier l’atmosphère et l’émotion de la soul traditionnelle et les saveurs percutantes du hip-hop contemporain. Si les thèmes romantiques du R&B traditionnel parcourent Get Lifted, l’album fait aussi montre d’une belle assurance et d’une certaine modernité urbaine. Disons que la sensualité d’un Marvin Gaye et la sincérité d’un Stevie Wonder fusionnent avec la franchise d’un Snoop Dogg et l’esprit de répartie d’un Kanye West (par ailleurs producteur exécutif de l’album, dont il a aussi co-écrit et produit plusieurs titres). John Legend est un artiste singulier, doué d’un talent rare et d’une sensibilité hors du commun.
Au vu de son long et impressionnant parcours professionnel ces dernières années (marqué par des collaborations avec Alicia Keys, Janet Jackson, Talib Kweli, Jay-Z, Britney Spears, Eve, Common, Black Eyed Peas et bien sûr, Kanye West), John Legend est particulièrement fier de son travail sur Everything Is Everything, titre phare de l’album The Miseducation of Lauryn Hill, plusieurs fois disque de platine et récompensé par un Grammy. « Grâce à un de ses amis, j’ai pu la rencontrer dans le studio alors qu’elle enregistrait cet album, explique John. Je lui ai chanté quelques-unes de mes compositions, et je me suis retrouvé au piano sur ce titre-là. C’est le premier grand album auquel j’ai participé et j’en suis très fier. »
Influencé par Lauryn Hill, Stevie Wonder, Aretha Franklin, Curtis Mayfield, Al Green et The O’Jays (sans oublier nombre de chanteurs de gospel qui ont jalonné ses jeunes années, tels Edwin Hawkins, Shirley Caesar, Commissioned, John P. Kee et James Cleveland), John Legend a combiné toutes ces sources d’inspiration pour en faire un son totalement nouveau, personnel et original. Il suffit d’écouter She Don’t Have To Know et #1 (avec la participation de Kanye West), deux chansons qui traitent d’un thème ancestral : l’infidélité. A propos de #1, John déclare : « On pourrait dire que c’est une chanson ‘de mec’. Elle est un peu ironique, genre : ‘D’accord, je sais que je t’ai trompée, mais je suis un mec, tu t’attendais à quoi ?’ Il manque souvent au R&B traditionnel l’esprit et l’arrogance du hip-hop, et je voulais l’intégrer à ma musique. »
Let’s Get Lifted, insouciant et inspiré par la ‘jeep music’, et le très chaud So High tapent dans un registre plus sexy. Dans un autre genre, Johnny’s Gotta Go (produit par Dave Tozer) fait référence au déracinement, lorsque John a dû quitter Springfield (Ohio) pour poursuivre ses études à Philadelphie. Et It Don’t Have To Change (The Family Song) évoque avec émotion son amour de la famille. D’ailleurs, « Presque toute ma famille chante avec moi : ma mère, mon père, ma grand-mère, mes tantes et oncles, mes deux frères et ma sœur. Ils sont tous là sur ce titre aux harmonies un peu doo-wop. »
Après une enfance bercée de gospel, l’adolescence a été le temps de la radio avec Jodeci, Boyz II Men, LL Cool J et MC Hammer. Ses talents musicaux lui permirent de bénéficier d’une bourse d’études. Il choisit finalement d’aller étudier la littérature anglaise à l’Université de Pennsylvanie. Outre ses études et ses jobs d’étudiants, John passait tout son temps libre à faire de la musique, à enregistrer des CD avec son groupe a capella, à se produire en solo dans divers concours de jeunes talents, et à diriger le chœur de la paroisse locale. Ce n’est que quelques mois avant de s’embarquer dans l’aventure de Get Lifted que John a abandonné son poste de chef de chœur et de directeur musical (qu’il occupait depuis neuf ans) à la paroisse de Bethel A.M.E., dans la banlieue de Philadelphie.
A Philadelphie, à la fin des années 90, John eut l’occasion de faire la connaissance de nombreux jeunes artistes, tels Jill Scott et The Roots, piliers du mouvement nu-soul naissant. Entièrement dévoué à son art, John continuait à donner des concerts à Philadelphie et dans les environs, puis élargit son public, en se produisant à New York, Boston, Atlanta et Washington. Il partageait souvent l’affiche avec des grands du R&B comme Musiq, Jaheim, Amel Larrieux, Glenn Lewis ou Floetry, quand ils passaient dans la région. Il commença aussi à enregistrer ses concerts, vendant ses premiers CD : John Stephens (2000) et Live At Jimmy’s Uptown (2001) à la sortie de ses spectacles et sur son site Internet. Les enregistrements en studio, souvent réalisés avec son camarade d’université Dave Tozer, « étaient destinés à trouver un label. Mais je n’ai jamais vraiment ressenti de frustration : il y avait toujours de petites ‘victoires’ et en plus les gens, le vrai public, m’appréciaient. Il faut beaucoup d’endurance pour continuer. »
Fin 2002, John avait commencé à travailler plus fréquemment avec Kanye. Pianiste, chanteur et coauteur de deux titres sur l’album College Dropout, il continuait par ailleurs à accumuler les expériences professionnelles. En 2003, il a ainsi chanté sur le premier single You Don’t Know My Name, de l’album plusieurs fois disque de platine The Diary Of Alicia Keys, et il a co-écrit, chanté et joué sur le remix de If I Ain’t Got You de Kanye West, sur le même album. Parmi les autres collaborations avec Kanye West, citons Encore et Lucifer (piano et chant), deux titres de The Black Album de Jay-Z. Il est aussi coauteur et interprète principal de The Boogie That B de l’album Elephunk des Black Eyed Peas.
Le bouche-à-oreille à travers tout le monde de la musique fit le reste. En 2003, on retrouve John en artiste invité sur différents enregistrements (sortis en 2004) : il est ainsi aux claviers sur Overnight Celebrity (du CD Kamikaze de Twista) ; il chante, joue et participe au clip de This Way pour les Dilated Peoples ; il co-écrit et joue sur I Want You de Janet Jackson ; co-écrit, chante et joue sur I Try, le premier single de l’album Beautiful Struggle de Talib Kweli, avec Mary J. Blige en artiste invitée (sur cet album, on peut également apprécier ses talents de chanteur et de pianiste sur Around My Way). Il chante en solo sur Selfish de Slum Village, joue sur des enregistrements d’Eve, de Common et de Britney Spears, et se produit toujours dans des clubs, tout en trouvant le temps de réaliser deux CD live en production indépendante : Solo Sessions, Vol. 1: Live at The Knitting Factory et Live At SOB’s.
Fin 2003, cet artiste aux multiples talents est le premier à signer chez KonMan Entertainment, la société de production de Kanye West, et Columbia Records ne tarde pas à lui proposer un contrat. John commence alors à faire une première sélection parmi les nombreuses chansons écrites au fil des années, n’en retenant finalement qu’une quarantaine, « à divers stades d’achèvement », pour travailler ensuite avec Kanye sur la douzaine de titres de l’album. « Je suis conscient que cet album est crucial pour mon avenir en matière d’enregistrements. Le public m’associera au premier titre : Used To Love U, qui pourrait me coller à la peau. »
Si on lui demande de décrire son style, John répond : « Beaucoup d’émotion soul, des racines gospel, mais des beats hip-hop et des textes hors du commun, pleins d’esprit, plus de mode ‘majeur’ que ‘mineur’, une ambiance plutôt sympa et optimiste ». En témoignent le titre précédemment mentionné Do What I Gotta Do (avec Kanye West), au thème immédiatement accrocheur, et des chansons comme I Can Change (avec Snoop Dogg) que John qualifie de « rédemption du proxénète ! Genre, je sais que ça va coller avec cette fille, je vais me repentir. C’est du hip-hop avec un soupçon de gospel et un chœur en arrière-plan. » Dans la lignée de Curtis Mayfield « le doux génie », John offre le magnifique et tendre Stay With You, autre bel exemple de sa capacité à apposer sa griffe sur une musique d’une autre époque.
« C’est un ami de Chicago qui m’a surnommé John Legend parce qu’il trouvait que ma musique avait un côté ‘old school’, confesse John. Au début, je trouvais bizarre de m’appeler ‘Legend’, mais tout le monde s’y est mis et ça a pris, au point que mon vrai nom s’en trouvait éclipsé. Après réflexion, j’ai décidé de le prendre comme nom de scène. Je savais que ça faisait un peu présomptueux, mais je me suis dit que ça me ferait remarquer aussi. Les gens feront attention à moi, et une fois leur attention captée, j’espère leur faire aimer ma musique. S’appeler ‘John Legend’ ajoute un peu plus de pression, mais je vais essayer d’être à la hauteur et j’espère surtout que ma musique sera à la hauteur. »
Il suffit d’écouter cet album à la fois émouvant et percutant pour en être convaincu : John Legend est à la hauteur de son nom. Un nouveau chapitre s’ouvre dans cette carrière pleine de promesses, à l’aube de tous les possibles.
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1. Prelude
2. Let's get lifted
3. Used to love U
4. Alright
5. She don't have to know
6. Number one
7. I can change
8. Ordinary people
9. Stay with you
10. Let's get lifted again
11. So high
12. Refuge
13. It don't have to change
14. Live it up
1. Save Room
2. Heaven
3. Stereo
4. Show Me
5. Each Day Gets Better
6. P.D.A. (We Just Don'T Care)
7. Slow Dance
8. Again
9. Maxine
10. Where Did My Baby Go
11. Maxine'S Interlude
12. Another Again
13. Coming Home